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INTERVIEW EXCLUSIVE DU PRESIDENT IDRISS DEBY ITNO
« C’est par le travail qu’on peut mieux vivre. Nous tiendrons nos engagements vis-à-vis du peuple tchadien ».
M. le Président, la célébration de ce 11 août intervient seulement 3 jours après la célébration du 1er anniversaire de votre investiture. A un an de votre anniversaire, êtes-vous un Président satisfait ou vous pouvez dire je peux mieux faire ?
Tout d’abord, je vais profiter de cette très grande occasion du 52ème anniversaire de l’accession à la souveraineté internationale de notre pays pour souhaiter une bonne année à notre beau pays, la paix et la stabilité, conditions sine qua none pour tout pays en voie de développement. Nous avons vécu le 08 août et nous vivons le 11 août, deux événements importants et successifs qui arrivent au même moment. Il me parait très difficile de se juger soi-même. Dans mon cas, j’ai toujours souhaité laisser aux Tchadiens le soin de me juger. Je suis au début de mon mandat, il me reste 4 ans. Je dirai satisfait ou non satisfait quand j’aurai terminé mon mandat si Dieu le veut. Pour le moment, je ne me plains pas par rapport à tout ce que j’ai promis au peuple tchadien et mes propres ambitions que je nourris pour ce pays. Je n’ai pas à me plaindre et je ne dirai pas que j’ai réussi ou non, mais le temps viendra où les Tchadiens verront eux- mêmes le résultat de mon bilan et me diront eux-mêmes ce qu’ils pensent.
Le Tchad indépendant a 52 ans. Etes-vous satisfait des élections issues de l’accord du 13 août 2007 ?
Oui. L’accord du 13 août a été une des causes fondamentales de toutes les actions que les hommes politiques de ce pays ont posées. Il y a eu des rencontres, des guerres, des déchirures, des accords multiples. La différence est que l’accord du 13 août a tracé une sorte de feuille de route pour l’ensemble de la classe politique. Cet accord a eu l’adhésion totale de la société civile, de la communauté internationale et bien sûr, des Tchadiens et Tchadiennes de l’intérieur et de l’extérieur. La mise en œuvre de cet accord, sous l’œil vigilant de l’ensemble des acteurs politiques, des acteurs de la société civile et des partenaires, a été un élément essentiel, en partie, de la paix que nous vivons pratiquement depuis 2008. C’est un élément de concorde nationale, de retrouvailles. Au moins une fois depuis l’indépendance, les Tchadiens ont abandonné, dans une grande majorité, l’option de la violence. L’accord du 13 Août a été une réussite, les résultats sont là. Particulièrement, vous les journalistes, vous avez été des acteurs vigilants dans la mise en œuvre de cet accord, voire de ce résultat. Je crois que c’est un exemple qui peut servir à d’autres pays en Afrique ou ailleurs qui sont en mal de stabilité. D’ailleurs, c’est pour cela que l’accord du 13 Août a pris fin avec les élections communales de janvier 2012.
En lieu et place de cet accord, qu’est-ce que vous proposez en tant que garant pour maintenir le dialogue ?
J’avais proposé avant même les élections locales, aux acteurs politiques, de trouver un autre cadre en lieu et place de l’accord du 13 Août. Malheureusement, jusqu’aujourd’hui, quelques acteurs politiques sont en train de travailler, nous les attendons. Il semble qu’ils ont quelques difficultés, mais personne n’est encore venue vers nous. J’espère qu’ils vont dépasser ces difficultés et trouveront un autre cadre. Ce que nous avons réalisé les 2, 3 ou 4 dernières années dépassent de très loin en termes de résultats socioéconomiques. Il y a eu des projets concrets en faveur de la lutte contre la pauvreté dans l’ensemble de la vie nationale. Il faut donc un cadre de dialogue permanent entre les acteurs politiques et les partenaires sociaux. Ceux qui en ont la charge travailleront et mettront en place assez rapidement ce cadre de dialogue et de concertation, pour permettre à notre pays de continuer dans cette lancée.
Dans l’accord du 13 Août, la société civile a été oubliée. Dans le futur cadre, est-il possible d’impliquer celle-ci ?
C’est un processus où, au départ, tout le monde estimait que cela ne concernait pas la société civile. La société civile nous attaque, c’est un problème d’incompréhension. Je crois qu’aujourd’hui, nous sommes en train de réfléchir sur un modèle différent qui puisse aussi mettre la société civile dans ce dialogue national. Que la société civile soit à quel niveau, il appartient à ceux qui en ont la charge de nous déterminer. Je crois que nous n’avons pas eu tort ; nous avons fait comme il le fallait. Même si la société civile n’est pas partie prenante, elle doit œuvrer pour cet accord ; elle doit appuyer cet accord. Ce programme que j’ai rendu public est un programme qui a visage restreint et qui a un âge aussi. Il y a des choses qui en son temps étaient possibles de les réaliser à court terme, à moyen terme et à long terme. Il va de soi que tout ce que j’avais promis de faire est un devoir de tenir des engagements. Personnellement, je n’ai pas des inquiétudes, quant à la réalisation des engagements que j’ai pris personnellement. Il faut savoir que le chantier est vaste. Pour l’ensemble des secteurs de la vie nationale, tout est prioritaire. Nous allons bien sûr cadrer l’ensemble de nos actions par rapport aux ressources que disposent notre pays et qui sont connues de tout le monde. L’on parle beaucoup des ressources pétrolières et mais aussi des ressources hors pétrole. Ce n’est un secret pour personne puisse que cela passe par l’Assemblée Nationale. Dans les échanges de ces ressources, il y a des institutions et des mécanismes qui sont mises en place, pour chaque tchadien qui s’intéresse puisse suivre comment ces ressources sont gérées. De ce point de vue, il n’y a pas de difficultés majeures. Donc en un an, nous avons fait le cadrage de ce nous devons faire. Nous avons commencé certains de nos projets majeurs. Nous tiendrons nos engagements vis-à-vis du peuple tchadien.
Monsieur le Président, au cours de votre mandat actuel, vous consacrez les trois premières années au monde rural en mettant à sa disposition des tracteurs. Aujourd’hui, il y a eu des inquiétudes par rapport à ceux qui sont censés mettre ces engins à la disposition des producteurs...
Vous savez, c’est un projet gigantesque que nous avons lancé. La mécanisation de l’agriculture dans notre pays ne s’arrêtera pas seulement aux tracteurs. Nous allons encore acheter d’autres matériels plus performants et plus productifs que les tracteurs. Les tracteurs, c’est encore un début, c’est-à-dire nous partons de l’agriculture traditionnelle, nous allons vers une agriculture de qualité et de quantité afin de se mettre à l’abri de l’insécurité alimentaire. Cependant, comment s’organiser ? Quels sont nos moyens et quelles sont nos ressources pour parvenir à cela ? Les moyens sont là : ce sont les hommes, les femmes formés que nous allons continuer à former. Ce sont les hommes et les femmes qui vivent et qui produisent et qui vont continuer à produire sans aucune assistance, paysans, agriculteurs, éleveurs et les moyens que l’Etat mettra à leur disposition. L’organisation, le gouvernement s’en chargera. Ça va coûter cher à l’Etat. Pour les trois premières années, l’Etat va continuer à appuyer les paysans. Je vous donne un chiffre simple : rien que pour le labour, les tracteurs que nous avons distribués ont couté cinq milliards de FCFA au trésor public, y compris l’entretien, les tractoristes et la prise en charge totale. Maintenant, ce que nous avons constaté, le gouvernement doit agir. C’est une organisation locale, les paysans, les groupements doivent s’organiser avec les moyens mis à leur disposition durant les trois premières années. Les conducteurs agricoles et les ingénieurs du ministère de l’agriculture vont continuer à encadrer les paysans pour faire en sorte qu’ils soient à mesure de produire en quantité. Nous avons également osé en investissant dans le domaine de la recherche. L’ITRAD n’a pas obtenu un résultat satisfaisant. Nous ne pouvons pas développer l’agriculture sans la recherche. C’est sur cette base là que nous avons lancé la commande des tracteurs. L’ITRAD produit des semences améliorées qui donnent des résultats importants. L’ITRAD dispose des semences de riz de meilleure qualité qui dépassent de très loin le riz vietnamien. C’est l’œuvre de vos chercheurs ici à l’ITRAD. Ce sont ces semences là que nous avons distribuées sur l’ensemble du pays où on peut cultiver. Nous avons donc distribué à temps ces semences à tous les paysans au même moment. En plus de cela, nous avons distribué gratuitement des engrais aux producteurs, l’encadrement est gratuit. Il faut savoir que nous avons investi en 4 ans 6O milliards pour aménager les périmètres irrigués sur l’ensemble du territoire, les travaux continuent. En lançant les 100.000 ha qu’il fallait aménager, nous les atteindrons vers fin 2014.
Monsieur le Président, près de 1000 tracteurs ont été distribués et quelques 9000 ha seront labourés. Notre agriculture dépend encore de la pluie. Que faire pour résoudre cela ?
Quand je parle des aménagements, j’ai bien dit des aménagements irrigués. Il s’agit des périmètres irrigués pour produire et non pas pour être totalement dépendant de la pluie. Nous allons aménager 100.000 ha autour de nos lacs. Au terme de ces 100.000 ha, nous allons aménager encore d’autres : c’est un vaste programme piloté par le PNSA. C’est un organisme géré par le ministère de l’agriculture avec des ressources nationales essentiellement. Jusqu’aujourd’hui, le PNSA n’a pas eu un seul sou de l’extérieur, en dehors du budget de l’Etat. C’est donc un projet d’aménagement hydro agricole. Il y a des résultats des recherches. Nous avons déjà les premiers tracteurs. Il nous faut atteindre les 5.000 tracteurs que nous devons distribuer. Parlant de la formation, il faut s’arrêter un peu pour voir, nous allons créer aussi, s’il est nécessaire, une école de formation des tractoristes, dans l’enceinte même de l’usine qui monte les tracteurs. Le premier élément important pour la vie d’un homme est la nourriture. C’est un objectif majeur que nous devons atteindre avec nos ressources propres. Il n’y a pas de raison que d’ici 3 ans, 4 ans, voire 5 ans, nous ne soyons pas en mesure d’atteindre ces objectifs, qu’il n’y ait pas de pluie et qu’il y ait une pénurie de céréales ou la famine. Nous allons mettre en valeur les fleuves que nous avons. Dans plusieurs de nos régions, il y a de l’eau et il y a des possibilités de produire aussi. Il y a évidemment un problème que les Tchadiens doivent comprendre, surtout au niveau des cadres. Il faut comprendre que rien ne tombe du ciel et tout s’obtient par la sueur et par le travail. De tous les pays développés, nous avons envie d’aller chez eux par ce qu’ils sont bien. Mais, ils ont souffert pour y arriver. C’est le fruit de la sueur qu’ils ont versée qu’ils sont en train de récolter. Tout le monde doit se convaincre que c’est par le travail qu’on peut mieux vivre. Quand on est un homme libre, c’est par le travail qu’on est un rentable pour la société.
Les jeunes et les femmes font l’objet de vos préoccupations. Jusqu’à ce jour, qu’est-ce qui a été fait en leur faveur ?
La question des jeunes et des femmes doit être la préoccupation de tous les responsables à tous les niveaux. Ce sont des bras valides qui produisent mais qui sont aussi des couches très vulnérables. Ils assurent aussi l’avenir du pays. Il y a des investissements importants à faire en leur faveur, dans tous les secteurs. D’abord, il faut s’assurer que la jeunesse d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier. Il faut une nouvelle jeunesse tchadienne. Par la formation, certes ; par l’acquisition de nouvelles connaissances ; des compétences nouvelles certes, mais surtout par l’amour du travail, le travail bien fait, comme ce sont des couches sensibles. Nous avons connu la guerre. Les hommes étaient chargés de faire autre chose, ce sont les femmes qui se sont occupées de la famille pendant toute cette période trouble que le pays a connue. Dans nos foyers, dans nos traditions, nous savons que les femmes font plus que les hommes, produisent plus que les hommes et travaillent plus que les hommes. Ce sont des raisons évidentes qui nous amènent à dire qu’il faut appuyer l’action des femmes qui sont organisées en groupements et qui font déjà de bonnes choses, en leur attribuant des crédits, tout en les formant et en les encadrant. Et évidemment, par la prise en charge de certains de leurs activités en améliorant leur production. Dans certains pays, les gens disent que la femme est plus productive que l’homme. Il va de soi que chacun produise. La femme et l’homme, réunis, constituent la société humaine. Le moment est venu pour que l’égalité s’instaure entre les hommes et les femmes. Le moment est aussi venu pour que nos jeunes filles laissent les travaux domestiques et partent à l’école. Si nous voulons assurer l’avenir de ce pays, c’est une conviction, voire une obligation pour chaque famille d’envoyer les filles à l’école. La place des filles n’est pas à côté de la marmite ou du foyer, mais à l’école.
Monsieur le Président, vous venez de dire que les jeunes et les femmes constituent les couches les plus vulnérables. Au sujet des jeunes, vous venez de dégager 44 milliards en leur faveur. Mais aujourd’hui, beaucoup attendent pour s’investir dans l’entreprenariat. Or, en discutant avec ces jeunes, très peu ont des projets viables pour prendre cet argent. N’est-il pas mieux que cet argent revienne dans l’éducation pour concevoir une vie meilleure que de donner à ceux qui ne peuvent pas rationnellement utiliser cet argent ? Vous avez aussi dit que les femmes sont plus productives que les hommes. Dans votre discours programme, la femme est pratiquement le trésor de la renaissance. Aujourd’hui, qu’en est-il du projet du code de la famille et des personnes? Où en sommes-nous avec les 30% de représentation des femmes dans les institutions ?
Par rapport à votre première question, je dirai tout simplement qu’on peut faire les deux. Nous avons hérité d’un pays sans beaucoup d’organisation profonde. S’agissant de l’utilisation des ressources du pays, il faut d’abord mettre en place tous les mécanismes qui permettent d’utiliser ces ressources. Nous avons créé un ministère des microcrédits et c’est édifiant pour tout un chacun. Nous avons créé un département qui est chargé de la formation professionnelle. Tous les jeunes ne peuvent pas atteindre le sommet et avoir des diplômes pour travailler. Tous les diplômés ne peuvent pas être recrutés à la fonction publique. Quels sont les secteurs où on peut encore créer de l’emploi ? Vous avez de l’argent, mais il faut réfléchir pour que ces ressources vous apportent plus. Les 44 milliards, soit 2 milliards par région administrative, programmés pour le budget 2012 n’ont pas été touchés jusqu’aujourd’hui. Il faut mettre des mécanismes qui permettent la gestion de ces ressources.
Nous nous sommes rendus compte que la question de la formation est devenue prioritaire ; surtout la formation professionnelle et même les petits métiers, l’agriculture, l’élevage, la maçonnerie et autres. La réflexion qui en train d’être murie par le gouvernement est de créer 22 centres de formation professionnelle de tout petit métier dans les 22 régions avec cet argent. A partir de ce moment, nous formerons des gens qui vont sortir spécialisés dans tel ou tel domaine. C’est à partir de là qu’ils auront l’outil nécessaire pour commencer le travail en allant sur le terrain, qu’il s’agisse de l’agriculture, de l’élevage, de la plomberie, de l’électricité ou autres. Nous avons aujourd’hui une banque agricole et nous allons créer une banque de développement et de crédit agricole. Car nous n’avons aucune banque de crédit au Tchad. Toutes les banques sont des banques commerciales. Cela entrera dans l’histoire du Tchad où la première banque de crédit va appuyer les actions du gouvernement dans le monde rural. Cette banque va démarrer avec un capital important puisque l’argent est là. Avant la fin 2013, la banque va être opérationnelle, et avant la fin 2013, des études seront faites pour que les régions soient équipées d’écoles de formation pour la formation des jeunes qui seront prêts à l’emploi et qu’il faut encourager. Ils ya des diplômés aujourd’hui qui chôment. Il faut une refonte de notre système éducatif. On forme des jeunes dans le tas, sans leur donner des orientations et sans leur assurer que ce qu’ils apprennent aujourd’hui leur sera utile demain. L’école est faite pour apprendre et faire quelque chose, être utile et pour produire, apprendre et servir. Donc, il faut une profonde réforme de notre système éducatif. En Afrique, dans des pays qui ont opéré des réformes, il n’y en a pas beaucoup, mais il y’en a qui ont réussi. Le gouvernement connait bien quels sont ces besoins dans tous les secteurs identifiés du pays. Et quels sont les métiers où en peut avoir facilement du travail sur le marché de l’emploi. C’est par rapport à ces données qu’il faut une refonte de notre système éducatif. Nous l’avons déjà fait il y a une dizaine d’années mais ça ne suffit pas, il faut aller en profondeur. Reformer notre système pour que l’éducation soit une éducation de formation et d’orientation et par rapport aux besoins du marché et du pays. Là c’est un enseignement utile, des connaissances utiles. Autrement dit, même avant la guerre, les responsables orientaient les élèves avant la classe de terminale. En classe de 2nde, on orientait des élèves vers des secteurs où ils pouvaient réussir. Aujourd’hui, ce système n’existe pas, car auparavant, ce besoin se faisait sentir par compétence. Il faut qu’on revienne à ces anciennes pratiques pour valoriser le travail de nos enfants et en tirer le plus grand profit.
La deuxième question à trait au projet de code de la famille et les 30% de représentation des femmes. Là aussi, il faut s’assumer. Nous avons un pays avec son histoire. Certes, c’est un pays aussi multiculturel où le poids de la tradition continue jusqu’aujourd’hui à peser et continuera de peser encore. Il y a un combat à mener et nous mènerons le combat. Le code de la famille devrait déjà voir le jour. Ce code est presque terminé, mais face aux blocages culturels ou religieux, les jeunes Tchadiens n’arrivent pas à s’entendre sur des questions essentielles dans la différence de culture et de religion. Il faut un arbitrage et continuer à négocier de sorte que les uns et les autres admettent ce processus. Dans beaucoup de nos régions, il y a des choses qui ne conviennent ni à la religion musulmane, ni à la religion chrétienne, mais qui sont pratiquées par culture et que les gens n’arrivent pas à se débarrasser. C’est un pays fragile ; il faut aller doucement et faire en sorte qu’on y parvienne. Ceux qui mènent cette barque aujourd’hui ne sont pas les religieux, ni les communautés dans les villages, mais des intellectuels. Vous prenez des intellectuels chrétiens ou musulmans, chacun de son côté défend une cause, au lieu de servir l’Etat. Ils sont formés pour cela et non pour la religion. Car la religion, c’est l’affaire des autres. L’Union des cadres chrétiens, l’union des cadres musulmans, mais unis pourquoi ? Laissez ces histoires ! Il est très difficile de mettre tout le monde ensemble. Et, nous avons des lois qui ne s’adaptent pas à nos réalités. Toutes nos lois sont des lois napoléonnes et on a copié, on a changé une virgule ou un point. On n’a pas tenu compte de nos réalités, de nos cultures et nous ne devons pas abandonner toutes nos cultures, sous prétexte qu’il faut une nouvelle société. Nous devons aussi changer mais pas à la même vitesse. Donc il y a un travail en profondeur à faire. Que chacun soit convaincu que ce que nous faisons, c’est bon pour nous Tchadiens. Nous ne sommes pas contre la religion, mais que les intellectuels soient convaincus que leur manière de s’arranger derrière la religion n’est pas bonne. Si on avait seulement à faire aux religieux, aux prêtres, aux imams et autres, on aurait régler ce problème depuis longtemps. Voilà la difficulté, mais nous allons réussir, nous n’avons pas d’autres choix. Nous allons adapter ce dossier qu’ils ont monté, en tenant compte de nos réalités. Et il y’aura aussi la réforme des lois du pays. La justice est un élément essentiel de paix sociale. Les textes qui sont pris par notre justice ne s’adaptent pas à nos réalités. On veut les obliger à faire comme les textes le disent. Il faut être cohérent avec soi-même. Il faut mettre les choses devant soi, sur le tapis. Entre Tchadiens, on s’assoie, on regarde qu’est-ce qui va avec notre société, qu’est-ce qui est mauvais et qu’est-ce qui est bien au lieu de copier. Jusqu’aujourd’hui, nous avons copié. Il faut que nous cherchions nous aussi nos cadres puisque nous avons nos intérêts. Il faut que les gens travaillent, réfléchissent comme les autres ont fait en leur temps. Là où je suis, être Tchadien me suffit. Je sais que j’ai une terre, je peux dormir, je peux me promener et je peux tirer de cette terre de quoi me nourrir. La question du code de la famille, c’est une question globale pour toute la société nationale. Nous ne pouvons pas avancer vers la modernité si nous n’abandonnons pas nos us et coutumes. Il ne faut pas que les intellectuels se mettent derrière les communautés et empêchent le progrès. On ne peut pas faire un code de famille à deux ou plusieurs vitesses, adapté à une ou plusieurs communautés, c’est impossible. Si les gens ne vous disent pas la vérité, voilà l’objet du blocus !
Monsieur le Président, le gouvernement a annulé les résultats du baccalauréat cette année. Pourquoi cette décision ?
De mémoire de Tchadiens, le Bac est un passage assez essentiel et important pour les études supérieures. Depuis la nuit des temps, il n’ya pas seulement le bac mais aussi d’autres matières, dans l’enseignement supérieur, il y a des règles pour obtenir tel diplôme ou tel diplôme. Ces règles sont écrites et connues de tout le monde. De la même manière, elles sont acceptées par tout le monde aussi. En réalité, pour avoir un diplôme, il faut avoir une moyenne. La moyenne a été fixée depuis la nuit des temps. Il y a eu des dérapages au début des années 1990. A cause du temps qu’on a perdu de 1975 à 1994, pour obtenir gain de cause, il y a eu des dérogations pour un élève qui n’a pas eu son Bac pour plusieurs raisons, il fallait repêcher des cadres. Le pays n’avait plus rien du tout. Donc, on avait besoin de cadres. On est allé repêcher jusqu’à 7 de moyenne. Malheureusement, les jeunes qui ont eu 7, 8 ,9 de moyenne et qu’on avait envoyés en formation sont tous revenus sans diplômes et certains n’ont même pas fait un an. C’est une mauvaise manière, et j’ai décidé moi-même de prendre un décret en conseil des ministres pour arrêter les règles du jeu. Depuis 2010, le Bac s’obtient avec 10 de moyenne, même pas 9,99, mais 10 de moyenne. Ceux qui ont eu le Bac l’année dernière, c’est avec 10 de moyenne pas 9,99. Si nous repêchons les candidats jusqu’à 7 pour faire augmenter le nombre ou bien le pourcentage de réussite, ce n'est pas bien.
Moi, j’ai reçu les résultats un jour avant la proclamation officielle des résultats. On m’a envoyé deux fiches signées du ministre de l’enseignement supérieur lui-même. Ces fiches disaient, conformément au décret, avec 10 de moyenne, on aura au moins 6.000 bacheliers, 9 de moyenne, on aura 12.000 bacheliers, 8 de moyenne on aura 19.000 bacheliers. J’ai dit : c’est catastrophique ! Il faut donner une seconde chance en octobre à ceux qui peuvent rattraper. Là, le résultat est catastrophique et pourquoi ce taux d’échec, est-ce que le tort revient à nos enfants, ou faut-il revoir notre système éducatif tchadien ? Donc, il ne faut pas se cacher la face s’il y a un problème, il faut le faire sortir en plein jour pour que tout le monde puisse trouver une solution. Le saupoudrage ne résout pas le problème. Vous avez promis de donner le bac à ceux qui ont eu 8 de moyenne, l’année dernière ceux qui ont 9 de moyenne n’ont pas eu le Bac, vous avez créé un problème. Pour un enfant qui a 8 de moyenne, vous lui donnez le Bac, ça lui sert à quoi ? Il va aller et revenir toujours échoué et il ne pourra pas poursuivre les études supérieures, ni une formation professionnelle adaptée à son Bac.
Regardez les jeunes à qui on a attribué le Bac dans les années 1994, 1995, 1996 et 1997. Regardez ces enfants qui ont été formés ici au pays et à l’étranger, qui travaillent à la fonction publique. Mais aujourd’hui, allez-y voir ce qu’ils font comme travail, ce sont nos enfants, petits frères, dites-leur d’écrire, de s’exprimer ou de faire un travail intellectuel : c’est du gâchis ! Moi, je ne peux pas être du côté de ceux qui veulent cacher la vérité pour des questions que j’ignore, sans chercher à améliorer de très grandes questions de responsabilité politique. Si sur 60.000 élèves, 6.000 bacheliers ont obtenu 10 de moyenne, c’est qu’il y a un problème. Il fallait garder les 12% au lieu des 27%. J’ai pris la précaution moi-même d’appeler le ministre sortant de l’enseignement supérieur au téléphone. Je lui ai dit : Monsieur le ministre, vous appliquez le décret de 2010 relatif à l’organisation du Bac et il s’obtient avec une moyenne égale ou supérieure à 10. Le lendemain à 23 h, on m’a appelé pour me dire que le résultat du Bac est publié. J’ai demandé le taux. On me dit 27% qui sont admis. Là, je dis qu'il y a quelque chose qui ne marche pas. J’ai interrogé le ministre et il ne m’a pas dit que ce n’est pas la faute des élèves, mais celle des enseignants. C’est pour cela que j’ai dit au Premier Ministre de clarifier cette situation pour l’opinion nationale. Djidda est un professeur, un cadre politique et un chef de parti politique. La question du Bac ne peut pas être une question politique et ce n’est pas possible. Comme le mal est là, il faut le décortiquer et trouver le remède et la solution la plus efficace. De l’autre côté, il ne faut pas cacher ce mal, mais le rendre public. Ensuite, il faut organiser un Bac qu’on peut appeler un Bac de sauvetage, parce qu'en réalité vous avez 70.000 élèves dont 6.000 ont eu le Bac. Le reste n'est pas admis, ils vont être en terminale et 30.000 autres vont venir. Ils vont être autour de 90.000. Est-ce qu’on a de la place pour les redoublants ? Ce n’est pas une raison pour s’en débarrasser et donner le Bac à ceux-là. Mais il ne faut admettre tout ce qui est mal fait. Même si c’est une responsabilité, il faut l’assumer. Moi, je l’assume.
Monsieur le Président, l’opération COBRA est d’actualité. Cette opération, en même temps qu’elle est saluée, exprime scepticisme quant à son exécution dans la justice et sa continuité. Quelle assurance pouvez-vous donner ?
Moi, je suis satisfait des résultats de l’opération COBRA. COBRA a fait rentrer en moins de 2 mois plus de 16 milliards de FCFA dans le trésor. Soit des gens ont détourné, ils n’ont pas voulu se dévoiler et ils ont payé, soit ceux qui ont d’une manière ou d’une autre sorti l’argent qu’ils remboursent. Il y a après cette opération, au moins 16 milliards qui sont recouvrés et des gens qui sont poursuivis pour rembourser 15 milliards. Nous avons initié il y a quelques années la création du ministère de la moralisation. Un travail de moralisation a été fait pendant des années, c’est-à-dire de sensibilisation et de moralisation de la vie publique. Après 5 ans, on a dit que la moralisation a pris suffisamment du temps, on passe maintenant à l’assainissement. La mission continue parce que vous ne pouvez pas faire des omelettes sans casser les œufs. Qui veut protéger les voleurs ? A-t-on intérêt pour quelle que raison que ce soit ? Même si ce sont des parents, il n’y a pas quelqu’un qui est tombé du ciel. Tout le monde est parent à quelqu’un d’autre. Et personne n’aime voir l’autre souffrir, même si c’est son parent. Mais chacun dans la loi paie ses frais propres. Ses erreurs, il les assume Donc, la poursuite maintenant, ce n’est pas la moralisation, mais c’est l’assainissement, réellement dans les faits. Nous avons construit suffisamment de prisons. Dans la réforme de la justice, nous avons suffisamment mis des moyens pour renforcer notre système judiciaire. En 5 ans, l’Etat a déboursé 15 milliards, entre la construction des palais de justice, la formation et l’équipement en plus de l’apport de l’Union Européenne qui se situe autour de 20 milliards de FCFA. Quand nous nous sommes rendus que nous avons un problème de justice pour réagir, on a pris les choses en main et nous avons organisé les états généraux de la justice. Les résultats sont là aujourd’hui et le travail se fait. De mieux en mieux, on apprécie aujourd’hui l’action de la justice et de mieux en mieux, on apprécie le comportement des hommes qui sont chargés de faire appliquer les lois du pays. L’assainissement va continuer ; c’est de ma responsabilité de nettoyer les brebis galeuses de la maison et je continuerai à le faire.



Monsieur le Président, le front social grogne. En l’espace de 2 semaines, l’UST a appelé 2 fois à la grève. Pourtant, gouvernement et syndicats semblaient être d’accord en signant un protocole avec le gouvernement en 2011. Est-ce que vous comprenez ce volte-face de l’UST ? Est-ce un problème de lecture ?
D’abord, pour plusieurs raisons, l’UST, à chaque année, à l’approche de la confection budgétaire, semble forcer la main du gouvernement par des grèves pour une augmentation de salaire. C’est devenu une habitude. En tout en cas, c’est un constat que j’ai fait. Deuxièmement, mes frères de l’UST ne seraient peut-être pas contents, le rôle qu’ils jouent est la protection des travailleurs, du bien-être des travailleurs. Une centrale est une organisation sociale, partenaire direct des pouvoirs publics qui apporte sa contribution dans l’édifice à construire, sans mettre une dose ou un grain de la politique. Honnêtement, c’est le cas d’une manière globale et ce n’est pas seulement le cas de l’UST.
Vous vous rappelez les événements que le Tchad a connus en 2007 à Kouno ? A Kouno, nous avons découvert un danger public brutalement et qui avait donc déjà préparé son coup ?, C’ était l’un des responsables de l’UST, Djibrine Assali. L‘histoire de Kouno, reste encore un mystère et nous ne pouvons pas juger le messie en question parce que nous attendons son complice Djibrine Assali. Nous avons trouvé là où on a égorgé le gendarme, le registre des contributions financières de l’UST et la nuit même de cette action, j’étais à un sommet de l'UA en Egypte, le Premier Ministre m’a appelé pour m’informer de la situation de Kouno. J’ai répondu il n’y a pas de solution, l’armée doit les mater. Quand nous avons retrouvé la paix, la meilleure solution pour Djibrine Assali, c’est de regagner le mercenariat. Ce type a été un gestionnaire de l’UST, cette centrale. Ne nous étonnons pas que partout dans les organisations, on peut déceler des choses pareilles.
La question de la grève s’est posée en 2011, j’étais à Moussoro dans le cadre de la mission de réforme de l’armée. Le gouvernement et les syndicats ne s’étaient entendus sur la question. Comme toujours, j’étais revenu de Moussoro, j’ai reçu les membres du gouvernement et les responsables de 3 syndicats. Parmi les questions qui étaient posées, j’ai dit à mes frères : voilà ce qui est faisable et voilà ce qui ne peut pas se faire. Parmi les propositions faites par le gouvernement, il y a un coût de 12,5 milliards payables en trois étapes : 2O12, 20% ; 2013, 40% et 2014, 40%. On a signé en bonne et due forme un accord. L’arbitrage, c’est moi qui l’ai fait. Jusqu’aujourd’hui, je demande s’il s’agit de cela ou d’autre chose. On m’a dit que c’est cela. Pourtant, c’est une question déjà réglée. De la même manière différemment, nous avons signé un accord avec le Syndicat des Enseignants du Tchad et celui de la santé pour 5 ans. Aujourd’hui, on revient par une autre porte dire que ce n’est pas une bonne interprétation. Il faut bien comprendre, au-delà des questions de compréhension que nous avons, je ne peux pas accepter que la totalité des ressources hors pétrole plus une partie des ressources du pétrole partent essentiellement pour les 80.000 fonctionnaires, au lieu de 12 millions des Tchadiens. L’école, la santé, les infrastructures, avec quoi nous ferons tout cela ? Ce sont des puits qui vont tarir un jour. Le jour où ces puits vont tarir, avec quoi vous allez payer les salaires ? Avec quoi payerez-vous les 400 milliards par an ? Alors que nos ressources hors pétrole n’atteignent pas 400 milliards. Elles tournent autour de 360- 370 milliards. Les chiffres que je vous donne, vous pouvez les vérifier au niveau du trésor public. Donc on prend l’ensemble de nos ressources : douanes, domaines, contribuables, tous avec un peu de ressources du pétrole pour payer uniquement le salaire. On a crevé le plafond. On ne peut pas aller plus loin que cela, c’est impossible. A moins qu’il y ait un miracle, que nous ayons d’autres puits à mettre en valeur d’autres ressources minières qui nous apportent plus. Dans la situation actuelle, vous avez une production de 100.000 barils par jour, soit 12%. C’est-à-dire qu’en prenant par bateau, c’est nous qui vendons notre pétrole nous-mêmes, par an, cela fait 6 bateaux de 900.000 barils par an. Donc moins de 500 millions de dollars. Donc, nous allons arrêter l’ensemble des travaux : les investissements y compris dans les secteurs prioritaires. Si c’est ce que les Tchadiens veulent, je suis prêt à organiser un referendum national. Auquel cas, on va consacrer l’ensemble des ressources au salaire, nous mangerons et nous resterons comme le font certains pays qui le regrettent. Nous sommes Tchadiens. Il faut que les gens raisonnent, ils connaissent nos limites, nos ressources. Nous agissons dans la transparence et il faut qu’ils acceptent ce qu’ils ont maintenant : l’augmentation au niveau de la santé, l’éducation nationale sur la base de ce qui a été arrêté. Il n’y a pas un seul enseignant qui ne gagne pas moins de 200.000 FCFA.
En 2010 à ATI, vous avez proclamé la Renaissance. Pensez-vous que les Tchadiens se sont inscrits dans cette logique ?
Vous n’avez pas d’autres solutions, vous n’avez pas d’autres choix. Les Tchadiens doivent s’inscrire dans cette logique. La Renaissance, c’est quoi ? La Renaissance, c’est une rupture avec le passé. Vous ne pouvez pas construire ce pays sans une rupture totale, à tout point de vue. Il faut un Tchad nouveau et un homme nouveau. Autrement dit, je conseillerai à mes frères de l’UST, en tant que partenaires, d’être honnêtes et justes, ne pas jouer au cache-cache, ne pas mélanger la politique et le social, ne pas embarquer les gens sous prétexte de grève dans une direction qui n’est pas bonne pour le pays. Que le gouvernement tienne ses engagements et que l’UST tienne aussi les siens. C’est la rupture avec le passé. C’est cela aussi la Renaissance.

Merci.
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