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Interview du Président IDRISS DEBY ITNO à "france 24"

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Vous avez dû faire face à une attaque des rebelles en mai dernier. Vous avez accusé de nouveau le Soudan de les soutenir. Depuis plusieurs années vos relations avec le Soudan sont relativement tendues ; toutes les tentatives de médiation ont échoué. Vous avez même menacé de rompre de nouveau les relations diplomatiques. Alors où en est on aujourd’hui exactement ?

IDRISS DEBY ITNO : ce n’est un secret pour personne que le Tchad paie le lourd tribut depuis 2005 de cette agression de la part du Soudan par mercenaires interposés. Nous avons signé quatre accords qui ont été violés par le Soudan. Il nous semble aujourd’hui que le Président soudanais ne respecte pas ses engagements. Nous estimons nécessaire de ne pas continuer à faire du cinéma aux yeux de l’opinion nationale et internationale. Nous nous organisons pour défendre notre territoire.
Nous ne sommes pas contre le gouvernement du Soudan ; nous n’avons pas de problème avec un pays arabe quelconque. D’ailleurs, le Tchad géographiquement est situé à la lisière du monde arabe et du monde négro africain. C’est un pays qui a une forte communauté arabo-musulmane et une forte communauté musulmane non arabe. Nous avons une culture arabo islamique. Nos relations avec tous les autres Etats arabes sont excellentes ; nous n’avons aucun problème avec le peuple soudanais. Le problème, aujourd’hui, c’est le régime de Khartoum. Le régime fondamentaliste de Khartoum qui a inscrit dans son agenda le changement de chef d’Etat de notre pays par un autre à sa dévotion. Il a échoué.
Nous sommes là, très sereins et le peuple tchadien est vraiment debout, dans une cohésion totale, pour défendre l’intégrité de son territoire et les institutions de la République.

A propos du régime à Khartoum, la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt international contre le Président Oumar El Béchir pour crime de guerre et crime contre l’humanité. L’Union Africaine récemment à Syrte sous la force de Kadhafi a suspendu sa collaboration avec la Cour pénale internationale. Votre pays fait partie de l’Union Africaine est-ce -que vous pouvez clarifier votre position et nous dire si oui ou non vous soutenez la Cour pénale internationale dans ses démarches ?

IDRISS DEBY ITNO : Cette décision de l’Union africaine est un non sens, parce que 30 pays ont ratifié le statut de Rome et par conséquent sont membres de la Cour pénale internationale. Autre aberration de cette décision, tous les pays africains sont membres des Nations unies et la Cour pénale internationale est une émanation du conseil de sécurité. Le mandat d’arrêt contre El Béchir est de ce fait une décision du conseil de sécurité des Nations unies. Aujourd’hui, je ne comprends pas le désistement de ces Etats devant ce que j’appelle aujourd’hui une situation extrêmement grave, le génocide des noirs, des négro-africains soudanais causé par El Béchir. Nous, nous soutenons la Cour pénale internationale, nous collaborons avec elle.

Un autre pays à l’air de s’intéresser à la région ; Les Etats unis ont alloué 500 millions de dollars pour un projet de lutte contre le terrorisme dans le Sahel. Plusieurs partenariats avec des pays ont été lancés dont le Tchad ; Au Mali aussi des bérets verts ont commencé à entrainer des soldats maliens ; est-ce qu’on peut envisager ce type d’opération similaire au Tchad et est-ce-que vous pouvez nous donner des détails sur ce partenariat entre les Etats-unis et le Tchad et d’autres pays de la région.

IDRISS DEBY ITNO : Nous avons un partenariat dans ce cadre précis avec les Etats-unis d’Amérique qui ont formé quelques unités tchadiennes qui sont aujourd’hui opérationnelles. C’est pour vous dire que le phénomène du terrorisme c’est comme de l’eau ; vous ne savez pas quand est-ce que ça vient ; par où ça entre et comment il se développe ; tous nos pays sont concernés. Raison pour laquelle nous coopérons avec tous les Etats y compris les Etats unis d’Amérique et les autres Etats contre le terrorisme. Notre coopération avec les Etats unis d’Amérique dans ce domaine, c’est du concret.

Dans un tout autre domaine, plus économique, le pétrole. Votre pays exploite le pétrole depuis quelques années ; récemment un contrat a été signé avec une société chinoise pour créer un oléoduc et une raffinerie qui devrait à terme produire 60.000 barils par jour. Alors pourquoi avoir choisi une société chinoise quand on pense que la Chine est le principal soutien au régime de Khartoum.

IDRISS DEBY ITNO: On est dans un domaine commercial. c’est vrai que la Chine soutient le Soudan mais c’est vrai aussi que la Chine fait beaucoup d’efforts en direction du président EL Béchir afin qu’il écoute un peu la communauté internationale. Je pense que la communauté internationale, les Nations unies comptent beaucoup sur la Chine pour faire changer d’avis El Béchir.
Nos relations avec la Chine sont très excellentes. La coopération avec la Chine relève du concret, elle est pragmatique. Chacune des parties y trouve son compte.

Ce pétrole est une véritable manne financière pour votre pays, jusqu’à présent il a surtout servi à acheter des armes, dans la société civile certains estiment qu’il profite essentiellement à une élite. Alors qu’avez-vous à répondre à ces accusations ?

IDRISS DEBY ITNO : Je ne vous cache rien. Nous avons organisé un défilé le 11 août 2008 au cours duquel, les Tchadiens on vu les armes qui ont été achetés sur les revenus pétroliers. Cela dit, nous avons beaucoup investi dans les domaines prioritaires comme la santé, l’éducation, les infrastructures routières, le social, le micro crédit pour lutter contre la pauvreté. La ville de N’Djamena a changé avec les travaux des voiries urbaines, l’assainissement. Dans les domaines de l’agriculture, l’élevage, l’environnement, bref dans le développement rural comme dans bien d’autres domaines, il y a des avancées extraordinaires et les Tchadiens voient ce que nous avons réalisé avec l’argent du pétrole. Je n’ai pas vu un Tchadien critiqué mes actions de développement du Tchad financé sur l’argent du pétrole.

Finalement votre pays apparait souvent dans le classement des pays les plus pauvres de la planète avec un taux de corruption assez élevé?

IDRISS DEBY ITNO : Ce sont des fausses accusations et des mauvaises approches émanant des gens qui ne connaissent pas le Tchad. Et ils font leurs affirmations de leurs bureaux qui sont à 4000, 5000, voire 8000 kilomètres du Tchad. Qu’ils viennent comparer le Tchad d’aujourd’hui à celui de 1990 ou avant, qu’ils viennent comparer la ville de N’Djaména à celle d’il y a quelques années. Il y a eu un net changement et je pense que les Tchadiens ne se plaignent pas. S’agissant de la corruption, je pense que les pays les plus corrompus sont connus de tout le monde. Accuser le Tchad de pays le plus corrompu c’est vraiment faire preuve de malhonnêteté intellectuelle. Qu’ils viennent voir.

Concernant tout un autre dossier ; la disparition de l’opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh en février 2008 lors de l’attaque des rebelles. Une commission internationale a conclu la responsabilité de la garde présidentielle et depuis rien ; personne n’a été arrêtée. Il n’a pas été retrouvé alors où en -est-on de ce dossier ?

IDRISS DEBY ITNO : Il n’est pas le seul, beaucoup de Tchadiens ont disparu pendant la période dont vous parlez. Je crois que la justice fait son travail et laissons-la faire avec en toute indépendance. Qu’on ait accusé la garde présidentielle ; qu’on ait accusé la gendarmerie, laissons la justice poursuivre son cours.

 

 

 

 

 

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